Débattre sereinement

L’arrêt de la pilule ? Les américains en parlaient bien avant nous (et sans s’étriper)

Pourquoi les français s’étripent-ils systématiquement dans les médias dès qu’ils ne sont pas d’accord ?

Voir la façon (calme) dont J’arrête la pilule a été reçu dans d’autres pays comme le Canada, la Suisse, l’Espagne, la Belgique ou l’Amérique du Sud m’a fait prendre beaucoup de recul sur cette incapacité, typiquement française, à débattre calmement…

Peut-on réellement “tout dire” en France ? Patrie de la “liberté d’expression” ? Eh bien, d’après mon expérience, bien moins qu’ailleurs… Pourquoi ? Parce que la virulence, les jugements emportés et les ego des éditorialistes passent trop souvent avant la qualité du débat.

Aux Etats-Unis par exemple, quand les femmes disent qu’elles en ont ras-le-bol des effets secondaires des hormones et qu’elles veulent mieux, on ne hurle pas. Idem en Suisse, en Belgique, en Espagne… Un journaliste suisse me disait encore hier en préparant une interview sur J’arrête la pilule “en Suisse on est pas trop dans le débat conflictuel (grrrrande tradition française), notre culture est le consensus… bref tout ça pour dire que l’idée n’est pas de faire un débat mais juste d’avoir des visions différentes.” Une autre journaliste, franco-espagnole, était étonnée que nous ayons tant de mal à parler sereinement de la pilule dans l’Hexagone alors que chez eux le problème ne semblait même pas se poser.

Concernant la contraception, ailleurs dans le monde des femmes font des choix pour leurs corps et on les écoute sans les juger ou leur dire que ce sont des “rétro/anti féministes”

D’ailleurs, voici quelques exemples de reportages, livres et articles américains qui abordent précisément le sujet de J’arrête la pilule et qui ne font pas “scandale” :

[Documentaire américain sur l’organisation du système de santé américain sur la contraception et la naissance http://www.thebusinessofbeingborn.com/
Passage sur l’impact des contraceptions hormonales.]


Le livre Sweetening the pill de la journaliste Holly Grigg Spall (en cours d’adaptation en documentaire télé).


[Vidéo choc d’une artiste à propos de l’impact de la pilule sur le corps des femmes.]


“Cet article est ma réponse à tous les médecins et scientifiques qui se sont tenus sur le podium et ont essayé d’expliquer à une salle pleine de femmes que la menstruation n’était pas naturelle parce que “nos ancêtres n’ont pas eu leurs règles aussi souvent que les femmes modernes”. Nous devrions donc être heureuses d’utiliser la contraception hormonale pour arrêter nos cycles.

Lara Briden

Um. D’accord.

Mais j’aimerais souligner une chose.

Nos ancêtres étaient probablement enceintes ou allaitaient beaucoup de temps et avaient donc moins leurs règles. Certes. Mais elles avaient les hormones de la grossesse : l’œstradiol, l’œstriol, la prolactine, l’ocytocine, et bien sûr la progestérone super-bénéfique. Or les contraceptions hormonales contiennent de l’éthinylestradiol, du lévonorgestrel ou de la drospirénone, qui ne sont pas bénéfiques comme nos propres hormones. 
En tant que femmes, nos propres hormones nous sont bénéfiques. Cela devrait être évident, mais pour une raison quelconque, il faut encore le dire. Les femmes ont besoin d’œstrogène et de progestérone et NON seulement pour la reproduction. Nous en avons besoin pour les os, les muscles, le métabolisme et l’humeur. Nous en avons besoin pour la santé générale. Tout comme les hommes ont besoin de testostérone et pas seulement pour la reproduction. Quelqu’un pourrait-il honnêtement faire valoir que les hommes ont besoin de testostérone seulement quand ils essaient d’avoir un enfant ?”

Lara Briden, naturopathe américaine spécialiste de la santé féminine et auteure du best-seller “Period Repair Manual” (uniquement en anglais).

Lire la suite : “Les femmes ont-elles besoin d’avoir leurs règles ?

Une rapide recherche internet nous montre quelques citations rassurantes d’experts disant que l’impact de la pilule sur la libido est un mythe. J’aimerais croire cela, et pourtant, je vois le problème encore et encore à la clinique. Je parle avec de jeunes femmes qui souffrent silencieusement de leur faible libido. On leur a dit que ça ne pouvait pas être la pilule, alors elles se blâment elles-mêmes à la place. Ça me rend triste. Les femmes ne devraient pas avoir à supporter ça.

“Les recherches du Dr Goldstein ont montré que même une utilisation brève de la pilule (quelques mois) peut provoquer une élévation anormale permanente d’une protéine appelée SHBG (globuline fixant l’hormone sexuelle), qui affecte les niveaux de testostérone. Donc, si une fille commence la pilule à 15 ans, cela signifie-t-il qu’elle ne pourra jamais savoir ce que c’est avoir une libido normale ? Ne devrions-nous pas nous préoccuper de la libido perdue des jeunes femmes? Une rapide recherche internet nous montre quelques citations rassurantes d’experts disant que l’impact de la pilule sur la libido est un mythe. J’aimerais croire cela, et pourtant, je vois le problème encore et encore à la clinique. Je parle avec de jeunes femmes qui souffrent silencieusement de leur faible libido. On leur a dit que ça ne pouvait pas être la pilule, alors elles se blâment elles-mêmes à la place. Ça me rend triste. Les femmes ne devraient pas avoir à supporter ça. Je crois que toutes les femmes – même les jeunes femmes – ont droit à une libido. J’espère qu’il y a parmi vous des preneurs de pilules qui n’ont pas eu votre libido écrasée. Si oui, alors j’ai hâte d’avoir de vos nouvelles dans la section des commentaires. J’aimerais être convaincue que le problème n’est pas aussi grave que je le pense…”

Lire la suite sur “What is the pill doing to your libido ?“. Même le New York Time s’y met.


Concernant la contraception, ailleurs dans le monde des femmes font des choix pour leurs corps et on les écoute sans les juger ou leur dire que ce sont des “rétro/anti féministes”. Tout simplement parce que l’on considère que chacun fait ce qu’il veut de ses fesses.

Espérons qu’un jour les français apprendront ce que débattre calmement veut dire afin d’arrêter que les “buzz” se suivent les uns les autres de manière stérile. Ecoutons-nous et arrêtons de hurler ! (particulièrement quand il s’agit de choix personnels comme la contraception qui, de toute façon, ne devraient pas être jugés puisqu’ils relèvent du choix personnel).

Aller voir ce qui se passe ailleurs permet vraiment de relativiser sur tout ce brouhaha typiquement français qui empêche trop souvent de réflechir sereinement.

 

Pour en savoir plus sur la pilule, son histoire, son impact sur la santé et l’environnement, lisez J’arrête la pilule.


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